Hommage croisé au Président Liamine Zeroual
À l’occasion du décès du président Liamine Zeroual, Islam Abdessamad Betchnie, neveu du général-major Mohamed Betchine, nous a adressé cet hommage que nous publions intégralement.
« Les temps difficiles créent des hommes forts.
Les hommes forts créent des périodes de paix.
Les périodes de paix créent des hommes faibles.
Les hommes faibles créent des temps difficiles ».
Attribuée à Ibn Khaldoun
Le 28 mars, le ciel algérien s’est obscurci d’un voile de chagrin à la suite du décès de cet homme d’envergure incomparable, feu le Président Liamine Zeroual.
Ce jour de deuil rivalise, pour ma part, en tristesse, avec une autre date importante, le 29 novembre 2022, jour où mon oncle, le général Mohamed Betchine, a disparu, arrachant ainsi la plénitude de cette amitié indéfectible.
Meurtrie, était cette amitié, après l’inhumation du Général, où le Président, réputé pour son silence proverbial, en est sorti pour exprimer des paroles, captées furtivement, qui résonnent, toujours en nous (la famille Betchine) de cette voix ferme et rauque, que nous savons imprégnée des hauteurs augustes des Aurès et renforcée au fil des années de luttes : « C’était mon frère, ce Moudjahid a donné énormément à son pays ».
C’est cette même considération, ce même attachement cordial, dont témoignait mon oncle à chaque occasion pour son frère d’âme et d’armes. Nous comprenions, dans la famille, que ce respect fraternel était hérité de la guerre de libération et était approfondi par les années, durant lesquelles ils étaient ensemble en Union soviétique avec une dizaine d’autres afin de former, non pas une « élite », terme ravageur et vicié, presque controuvé, mais une ossature inébranlable à l’Algérie, au plus proche de son peuple.
Liamine Zeroual était un enfant du peuple, et il l’est resté jusqu’à son dernier souffle, rejoignant les plis réconfortants de sa terre natale, arrosée du sang de ses frères et sœurs martyrs et des larmes de ses compatriotes.
Ces mêmes Algériens qui l’ont enterré dimanche 30 mars, citent davantage aujourd’hui ses faits d’armes qu’auparavant, ils s’en ragaillardissent et ils témoignent inlassablement de sa droiture dans les arcanes du pouvoir, de sa volonté de justice devant les plans expéditifs et aventureux et naturellement reconnaissent sa témérité à extraire le pays de cette période atroce, qui a ravagé et infecté l’Algérie du virus de l’extrémisme terroriste et dont la décontamination incombe à chacun et peine à s’achever.
Controverses
Le sage des Aurès a rejoint le brave du Rhumel ad vitam aeternam. La fortune avait réuni deux enfants de l’Est algérien, un glorieux de Nememcha et un baroudeur de Sidi Rached de sorte qu’ils tiennent les rênes du pouvoir, d’un pays sujet aux occultes desseins, face auquel d’aucuns se défilèrent ou hésitèrent, attendant des temps plus cléments.
Sans grand effort, les esprits et les langues trouveront des objets de controverses et de rancœurs, au mépris que réserve la solennité du trépas à ses hôtes.
Tant de fenêtres voyeuristes sur une vie remplie de défis et d’enjeux et de choix cornéliens : le multilatéralisme, le « character assassination » de son bras droit, la plateforme de « Sant’Egidio », les secrets d’une présidence tumultueuse, l’endettement extérieur…
Dans la lignée de feu Président Boumdiène, le général Mohamed Betchine, le Président Liamine Zeroual cultivaient les silences mystérieux et les paraboles intrigantes, chose inconcevable voire absurde à l’époque des logorrhées interminables et des clavardages instantanés. J’aime à croire que cette attitude inaccessible encore à ma génération et à d’autres, dissimule une sagesse pour l’intérêt vital de l’Algérie, et j’aime à penser que nous n’héritons d’aucun fardeau, toutefois nous nous devons de porter le flambeau, comme ces hommes remarquables.
Je n’aurai qu’une parole, pour conclure ce simple hommage. Le peuple algérien a aimé ce grand homme de son vivant et continuera, plus encore, de l’aimer, après sa mort.
J’ai, comme toute notre famille, un profond respect et une affection presque filiale à Liamine Zeroual. Sa famille est également la nôtre. Toutes nos condoléances leur sont adressées.
Je revois encore les yeux de mon oncle, fiers et joyeux, tantôt incandescents, parfois affligés, à l’évocation des nombreuses années d’amitié et de responsabilités avec son frère. J’imagine aujourd’hui deux paires d’yeux, dans un autre monde, illuminés de félicité, auprès de leur Seigneur.
Qu’ils reposent en paix, qu’Allah leur accorde Sa Miséricorde.
Vive l’Algérie, pays des saints, des martyrs, des hommes et des femmes braves.
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