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Europe: pourquoi pétrole et gaz resteront chers même après la fin de la guerre en Iran

العالم
Euronews FR
2026/04/09 - 06:22 501 مشاهدة
Malgré la forte baisse des cours du pétrole après la confirmation d’un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, l’Europe n’est pas encore au bout de ses peines, tant l’impact des approvisionnements énergétiques, dont le bloc dépend largement, s’inscrit dans la durée.La guerre en Iran et la fermeture de facto du détroit d’Ormuz ont provoqué la plus importante perturbation d’offre de l’histoire du marché pétrolier mondial, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Les frappes visant des installations dans le Golfe devraient avoir un impact pluriannuel sur l’approvisionnement en gaz.L’Europe est fortement touchée, même si elle ne s’approvisionne qu’en faible partie directement en pétrole et en gaz via le détroit d’Ormuz, qui a été de fait contrôlé et en grande partie bloqué par les forces iraniennes jusqu’au cessez-le-feu.La réouverture du détroit était une condition non négociable du cessez-le-feu, ce goulet d’étranglement étant essentiel pour le transport mondial de pétrole et de GNL. En 2025, près de 15 millions de barils de brut par jour ont transité par le détroit, selon l’AIE. Sur ce total, environ 600 000 barils par jour, soit à peine 4 %, étaient destinés à l’Europe, alors que les besoins quotidiens de l’UE s’élèvent à 13 millions de barils.Dans ces conditions, une baisse rapide des prix à la pompe en Europe reste peu probable, même si un accord de paix était conclu à la suite du cessez-le-feu.« Même si la paix était conclue dès demain, nous ne reviendrons pas à la normale dans un avenir prévisible », a déclaré la semaine dernière le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen.Comment les prix mondiaux se répercutent sur les importations européennesSelon Eurostat, l’UE importe 80 à 85 % de son pétrole auprès d’un large éventail de fournisseurs. Les États-Unis sont le premier d’entre eux, avec 15,1 % en valeur, suivis par la Norvège et le Kazakhstan.La majeure partie du commerce mondial de brut est indexée sur le Brent, principale référence internationale.Les prix pour une livraison le mois suivant sont passés de 72–73 dollars le baril avant la guerre à près de 120 dollars à leur pic, avant la conclusion du cessez-le-feu. Même après l’annonce de celui-ci, le prix tournait encore autour de 93 dollars mercredi.Les prix du gaz en Europe ont également grimpé depuis le 28 février, début du conflit. Les contrats à terme sont montés à 50 € par MWh, contre environ 35,5 € avant la guerre, avec un pic à 61,93 €/MWh le 19 mars. Le prix s’est stabilisé autour de 44 €/MWh mercredi, après le cessez-le-feu.Comment les prix mondiaux se répercutent sur les consommateurs européensDans de nombreux pays européens, le prix de l’électricité est fixé par la source de production la plus chère, souvent le gaz.« La hausse des prix du gaz affecte les factures d’énergie britanniques et européennes à la fois via le coût direct du gaz et via l’augmentation du coût de production de l’électricité dans les centrales au gaz », explique Ethan Tillcock, spécialiste du gaz au Royaume-Uni et en Europe chez ICIS, interrogé par Euronews Business avant le cessez-le-feu.Les contrats à prix fixe et les aides publiques peuvent retarder ou atténuer l’impact. En Allemagne, les prix de gros du gaz, indexés sur le TTF, influencent à environ 40 % les prix de l’électricité et à quelque 50–60 % les prix du gaz pour les ménages, le reste correspondant aux taxes, aux tarifs de réseau et aux coûts de politique publique.Pour le pétrole, la Banque de France estime qu’une hausse de 1 % des prix des produits raffinés se traduit par une augmentation d’environ 0,75 % des prix des carburants hors taxes et d’environ 0,3 % à la pompe, en fonction de la fiscalité.Une hausse de 10 dollars du prix du baril de brut ajoute environ 3 à 6 centimes d’euro par litre pour les consommateurs européens, selon les systèmes fiscaux nationaux. Le taux de change joue aussi un rôle : le pétrole étant coté en dollars, un euro plus faible renchérit la facture même si les prix de référence restent inchangés.Pour contenir la hausse des prix, les ministres de l’Italie, de l’Allemagne, de l’Espagne, du Portugal et de l’Autriche ont demandé à l’UE d’envisager une taxe sur les profits exceptionnels du secteur de l’énergie.Ce qui doit se produire pour que les prix baissentL’Europe dispose de quelques leviers pour desserrer l’étau, notamment les réserves stratégiques – qui font partie des 400 millions de barils coordonnés par l’AIE – et des mesures nationales comme les baisses d’impôts, les subventions ou le rationnement.Cependant, « ces outils ne peuvent qu’adoucir temporairement la situation », souligne Andrei Covatariu, chercheur senior non résident au Global Energy Center de l’Atlantic Council, interrogé par Euronews Business avant le cessez-le-feu.L’AIE estime que les pays du Golfe ont réduit leur production de pétrole d’au moins 10 mb/j en raison des perturbations, soit environ 10 % de la demande mondiale.Mais l’offre physique n’explique pas tout. L’incertitude joue aussi un rôle.Il existe « une prime de risque importante liée à l’incertitude, mais nous constatons également une perturbation bien réelle des flux et de la production ; le marché n’est donc pas uniquement guidé par des facteurs psychologiques », explique Covatariu.Ce qui pousse les prix du pétrole à la hausseAu-delà des inquiétudes sur l’offre, les traders surveillent de près les primes d’assurance contre les risques de guerre et les tarifs de fret des pétroliers, deux composantes clés du coût rendu du brut.Les coûts de transport maritime ont flambé. Le Baltic Dirty Tanker Index a atteint le niveau record de 3 737 le 27 mars, contre environ 1 000 pendant la majeure partie de l’année dernière. Après le cessez-le-feu, il se situait légèrement au-dessus de 2 000 mercredi après-midi en Europe.Pendant les frappes actives en mars, les primes d’assurance risques de guerre pour les navires se rendant dans le Golfe ont été multipliées par quatre, atteignant 1 % de la valeur du navire pour sept jours de couverture, selon S&P Global.Un retour aux niveaux d’avant-guerre pourrait prendre des semaines, voire des mois, et nécessiterait une paix durable ainsi que la preuve de transits sûrs.Selon Covatariu, même en cas d’accord de paix, il faudrait encore des mois pour que les prix à la consommation baissent durablement en Europe, le temps que les stocks se reconstituent. Parallèlement, l’offre reste tendue, plus de 40 actifs énergétiques dans la région ayant été gravement endommagés.Même après un accord de paix, les réparations pourraient prendre des mois, voire des années, maintenant l’offre sous pression et les prix à un niveau élevé.Pourquoi les prix du gaz pourraient rester élevésAu cours des presque six dernières semaines, une part importante de l’offre mondiale de GNL en provenance du Golfe a été perdue ou bloquée, en raison des perturbations de la production et de la quasi-paralysie des expéditions via le détroit, tous ces facteurs étant liés à la guerre en Iran.Ras Laffan, au Qatar, la plus grande usine de GNL au monde, a été endommagée. QatarEnergy a déclaré l’état de force majeure sur certains contrats après avoir mis à l’arrêt 17 % de sa production, et le retour à la normale pourrait prendre jusqu’à cinq ans.Selon Tillcock, même après la réouverture du détroit d’Ormuz et la reprise totale du trafic maritime, les marchés gaziers pourraient encore « faire face à une offre plus réduite qu’avant la guerre, en raison de la moindre disponibilité physique du gaz qatari ».L’Europe s’approvisionne à environ 8 % en GNL auprès du Qatar et dispose actuellement de volumes suffisants, mais la concurrence s’intensifie à mesure qu’elle remplit ses stockages.Environ 40 % du gaz consommé en Europe provient du GNL, ce qui rend le continent vulnérable aux perturbations mondiales.« L’Europe dépend fortement du GNL, qui est un marché mondial, ce qui signifie que les perturbations ailleurs peuvent réduire les volumes disponibles pour l’Europe », rappelle Tillcock.La concurrence avec l’Asie pour les volumes restants pourrait pousser les prix à la hausse.Ce qui pourrait se passer après un accord de paixComme prévu, le cessez-le-feu a immédiatement fait retomber les références : les contrats à terme sur le Brent et le WTI pour livraison le mois prochain ont chuté de plus de 14 % et 16 % respectivement mercredi après-midi en Europe. Mais ces niveaux restent supérieurs d’environ 20 dollars au coût d’un baril avant la guerre.Pour le gaz, les prix ont reculé par rapport aux sommets de la crise, mais devraient rester au-dessus de leurs niveaux d’avant-guerre.« Le plancher est probablement plus élevé qu’avant la crise, car l’Europe doit reconstituer des stocks bas. Des prix supérieurs à 40 €/MWh constituent un scénario plausible à court terme après un accord », ajoute Covatariu.Les marchés suivent de près la manière dont l’Iran et les États-Unis cherchent à résoudre le conflit et à conclure un accord de paix.« Si un accord est signé, l’Iran pourrait ramener des volumes supplémentaires relativement vite, surtout si aucune nouvelle perturbation n’affecte les infrastructures pétrolières de Téhéran d’ici là », estime Covatariu.Mais beaucoup dépendra des détails de l’accord de paix.Si un accord laisse subsister des incertitudes, les prix pourraient rester élevés en raison de risques persistants, notamment sur les coûts de transport maritime et d’assurance, « ce qui explique pourquoi la durabilité perçue du conflit compte autant que l’accord lui-même », conclut Covatariu.
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