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Simon Liberati, le mal-aimé fasciné par le côté obscur du rêve américain

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/12 - 09:30 501 مشاهدة

Est-ce un hasard ou un signe des temps ? Simon Liberati fut révélé au grand public en 2004 en passant légèrement saoul chez Thierry Ardisson. Maintenant qu’Ardisson est mort, il est de bon ton de vouer aux gémonies l’homme de télé (parfois à juste titre). Liberati n’a pas meilleure réputation. En 2015, il faisait la couverture des Inrockuptibles – inenvisageable aujourd’hui. Il est vrai qu’entretemps son ancienne épouse Eva Ionesco a publié La Bague au doigt (2023), un livre à charge où elle peignait Liberati en "clochard fou" et en "gargouille gothique" coupable de faire des plaisanteries de mauvais goût sur Hitler et d’écouter Les Lacs du Connemara. Lors du divorce entre les deux amants maudits, la majorité a pris la défense d’Eva Ionesco, alors même qu’elle s’était séparée de son mari après l’avoir agressé avec un couteau à pain et frappé avec la fourche du poêle à bûches… Quel crime Liberati a-t-il commis, à part aimer Michel Sardou ? Il semble que son humour noir ne passe plus à notre époque infantilisante qui plébiscite en librairie la moraline, le développement personnel et le témoignage victimaire.

Liberati courant le cachet et publiant tous azimuts, on peut se perdre dans son abondance production. Rappelons pour les non-initiés qu’il est l’auteur de plusieurs merveilles, dont Anthologie des apparitions (2004), Eva (2015), Les Violettes de l’avenue Foch (2017), Occident (2019), Liberty (2021), Performance (prix Renaudot 2022) ou Stanislas (2025). Quel autre écrivain contemporain a autant d’excellents livres au compteur ?

Avec son nouveau roman, New York City Inferno (Stock), il clôt la trilogie initiée par Les Démons et poursuivie par La Hyène du Capitole. Les héros de la saga, Alexis Tcherepakine et sa sœur Taïné, sont plus que jamais au bout du rouleau. L’action se situe un peu aux Rochers, leur maison de famille vers Fontainebleau ; et beaucoup dans les bas-fonds de New York, au début des années 1970. On connaît la passion de Liberati pour le côté obscur du rêve américain, qu’il a déjà exploré dans Jayne Mansfield 1967 (prix Femina 2011) ou California Girls (2016). On traîne ici entre la Factory d’Andy Warhol, le Chelsea Hotel, le Max’s Kansas City, les bains turcs et les backrooms SM. Diverses âmes en peine se croisent et se fâchent au cœur de cette faune interlope : petites frappes pas fiables, divas dégénérées et artistes en devenir. Si Liberati est trop intelligent pour s’intéresser à Patti Smith, il brosse un portrait impayable de son ex-compagnon, le photographe Robert Mapplethorpe : "Mapplethorpe avait beau puer le linge sale, porter des bottes usées, craquelées par l’humidité, ses ongles être noirs, ses cheveux mal coiffés, il dégageait la même paix armée qu’un financier de Wall Street qui vient de forger son premier million. Il était blindé, non de thunes mais de volonté de puissance et de sûreté d’y arriver."

Page 260, Liberati cite Coney Island Baby de Lou Reed. A l’évidence, la bande-son idéale du roman serait plutôt l’album Transformer – au moins, cette fois-ci, on ne pourra pas reprocher à l’auteur de mettre Sardou à l’honneur. Les répliques vachardes sont légion : Truman Capote est comparé à "un petit caniche enragé" et les protagonistes, tous plus désaxés les uns que les autres, se traitent entre autres amabilités de "pissotière sans issue". Comme toujours chez Liberati, mélange étrange de Kenneth Anger et de Marcel Proust, il y a des morceaux d’anthologie : une messe d’enterrement aux Invalides, une soirée au CBGB, d’autres pages où la poésie pure déchire l’esthétique cradingue chère à l’écrivain, qui reste avant tout un rêveur derrière ses manières de mauvais garçon. Avec New York City Inferno, les lecteurs frileux se croiront égarés en plein Pandémonium. Erreur : c’est un paradis littéraire.

New York City Inferno par Simon Liberati. Stock, 316 p., 22 €.

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