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Rafaël Amselem : "Contre quelques baisses d’impôts, David Lisnard est prêt à s’allier avec les pires réactionnaires"

العالم
L'Express
2026/03/27 - 16:00 502 مشاهدة

David Lisnard ne veut plus rien avoir à faire avec Les Républicains (LR), et il l’a fait savoir. Au micro de BFMTV, le maire de Cannes a laissé entendre, mercredi 25 mars, qu’il quitterait le parti dirigé par Bruno Retailleau, et a contesté les modalités de désignation du candidat LR à la prochaine présidentielle. Surtout, le président de l’Association des maires de France (AMF) s’est dit favorable à une "grande primaire" incluant toute la droite jusqu’à Reconquête.

Il n’en fallait pas plus pour semer la zizanie dans le camp libéral français, entre ceux qui se montrent ouverts à une union des droites, et les autres, dont Rafaël Amselem. Pour cet analyste politique et journaliste indépendant, David Lisnard commet une grave erreur. Cette attitude, affirme-t-il à L’Express, serait même "symptomatique d’une tentation plus large chez certains libéraux qui, par antigauchisme niais, par propriétarisme, par sentiment de décadence, iront courir avec tous les réactionnaires en échange de quelques baisses d’impôts et formules pseudo-afueristes". Entretien.

L’Express : Quel regard portez-vous sur la déclaration de David Lisnard, qui s’est montré ouvert à une primaire de la droite incluant Reconquête ?

Rafaël Amselem : Contre quelques baisses d’impôts, David Lisnard est visiblement prêt à s’allier avec les pires réactionnaires. Son attitude est symptomatique d’une tentation plus large chez certains libéraux qui, par antigauchisme niais, par propriétarisme, par sentiment de décadence, iront courir avec tous les réactionnaires en échange de quelques baisses d’impôts et formules pseudo-afueristes [NDLR ; en référence au slogan "afuera" du président argentin Javier Milei] en amont de 2027.

Chez David Lisnard, ce glissement me paraît notable dans le déplacement de ses centres d’intérêt. D’un corps de valeurs initial farouchement antibureaucratique, décentralisateur et prolibertés a été adjoint, vers 2023-2024, un bloc sécuritaire très sonore. Comme si nous n’avions pas assisté ces vingt dernières années à l’implémentation croissante de dispositifs d’exception dans le droit commun, la permissivité toujours plus admise des mesures de rétention administrative, l’extension ad nauseam des dispositifs de surveillance, le déplacement du centre de gravité pénal du judiciaire à l’administratif, la dérive d’une justice individualisée vers une justice de flux : toutes sortes de mesures qui systématisent la présomption de culpabilité, à rebours de tous les cadres essentiels de la liberté. Manifestement, David Lisnard n’a rien à y redire, et ses propositions ne font qu’entériner cet état de fait. Cette liberté-là, visiblement, ne l’intéresse pas. Cette volonté de passer d’un Etat-providence obèse vers un Etat régalien recentré, loin de répondre aux finalités du libéralisme de limitation de l’Etat, risque fort bien de renforcer son office.

Comment l’expliquez-vous ?

Pour éclairer ce type de configuration, un détour théorique peut être utile. On pense ici à la critique formulée par Carl Schmitt aux débuts des années 30 contre l’Etat total quantitatif : un Etat en extension permanente, total par le volume de ses interventions, mais faible dans sa capacité de décision. Total par lâcheté, parce qu’il dilue son pouvoir et se soumet aux injonctions permanentes de la société démocratique. Incapable de désigner ses amis et ennemis, Schmitt lui oppose un modèle d’autorité restaurée, l’Etat total quantitatif : désengagement des "choses non-étatiques", c’est-à-dire la liberté économique, pour créer des "sphères libres d’Etat", débarrassées de l’interventionnisme social superflu. Ce retrait, en tant qu’acte politique, suppose de doter l’autorité d’une énergie accrue, de retrouver un centre de décision, d’octroyer à l’exécutif la capacité réelle de dominer la société.

Il est honteux qu’un libéral comme Lisnard envisage une primaire commune avec un parti politique qui siège au Parlement européen à côté de nostalgiques du fascisme...

La référence à Schmitt ne vaut pas ici comme attribution doctrinale, ni à Lisnard ni à d’autres, mais comme instrument d’intelligibilité : elle permet de penser la manière dont la critique de l’Etat social peut se combiner avec une demande accrue d’autorité, avec la réaffirmation de sa capacité de commandement. C’est dans ce sillon que peuvent être envisagées des alliances avec des réactionnaires comme ceux de Reconquête, voyant dans ce programme leur intérêt bien compris. Il est honteux qu’un libéral comme Lisnard envisage une primaire commune avec un parti politique qui siège au Parlement européen à côté de nostalgiques du fascisme (AfD), qui a pour dirigeant un homme qui réhabilite Pétain sur la question des juifs contre le consensus historique, condamné pour provocation à la haine raciale, interrogeant encore l’innocence de Dreyfus. Loin de me cantonner à une posture morale - que j’assume au demeurant, la politique, ce sont aussi des valeurs -, je tiens à souligner en quoi ces éléments constituent la matrice d’une doctrine qui, s’attaquant à un ensemble de symboles hérités de la Révolution et de la Seconde Guerre mondiale, travaille à déconstruire l’héritage institutionnel qui en a résulté : Etat de droit, protection des minorités, individualisme et modernité politique au sens large. Un héritage fondamentalement libéral.

Comment expliquez-vous que ces libéraux soient prêts à sacrifier une partie des libertés politiques au nom des libertés économiques ?

Le libéralisme politique, au sens des institutions du compromis, ne peut que fatalement conduire de manière systématique à un système économique partiellement socialisé

Parce qu’ils adhèrent à la fable de la non-séparation entre libéralisme économique et libéralisme politique. Cette prétention n’est pas fausse en soi : pas de liberté politique sans économie de marché, c’est-à-dire une structure économique où le pouvoir central n’organise pas directement la production. Mais l’usage qui en est fait est abusif lorsqu’il prétend établir entre les deux une corrélation inconditionnelle. Raymond Aron expliquait dans son Introduction à la philosophie politique que la démocratie étant pour l’essentiel le règne du compromis, un régime démocratique et libéral visera toujours l’inclusion des classes populaires dans son champ normatif, faute de quoi il s’expose à la scission. Telle est la dynamique historique attestable dans les régimes industriels libéraux.

D’où la conclusion, contre-intuitive, que le libéralisme politique, au sens des institutions du compromis, ne peut que fatalement conduire de manière systématique à un système économique partiellement socialisé. Il résulte ainsi qu’un libéralisme économique intégral est incompatible avec la démocratie libérale. Il reviendrait très directement sur les intérêts d’une partie de la population, les excluant d’emblée du champ du compromis. Ce point rejoint Carl Schmitt pour qui l’interventionnisme social — l’Etat total quantitatif — est le résultat d’un processus inhérent d’un régime démocratique, celui de la sollicitation permanente de l’Etat de partis et intérêts organisés.

La restauration de la liberté économique peut ainsi prendre des formes verticales, voire autoritaires. Notre contexte économique y est propice. La France croule sous les impôts. La bureaucratie envahit tous les aspects du quotidien. Quant à la rationalité et l’efficacité de l’Etat-providence, elles nous échappent toujours plus. Sous cet angle, la désétatisation est souhaitable. Mais sa traduction électorale peut intéresser à l’affaire des groupes qui, tout en proposant une base programmatique commune, sont animés de motivations très peu libérales. On parlait d'Eric Zemmour, mais c’est également le cas de "Nicolas qui paye", à l’intersection de la haine de l’Etat-providence et des immigrés, car "Nicolas qui paye" ne sera jamais ""Karim qui paye" ; Nicolas paye, disent-ils, ses allocations...

Cette ambiguïté libérale sur la place de la liberté économique, donc de la propriété, je la nomme propriétarisme : la préférence contextuelle à valoriser la propriété contre les autres versants du libéralisme politique. Le propriétarisme m’apparaît comme le facteur déterminant de l’avenir de la droite française. La question de l’union des droites repose grandement dessus. Cette option idéologique seule permet de coaguler des familles politiques si antagonistes — libéraux, conservateurs, réactionnaires — autour de la défense de la propriété mise à mal. Elle se traduit aujourd’hui dans la tentative d’OPA du milliardaire Pierre-Edouard Stérin sur les libéraux. Elle prend la forme du débat interne de plus en plus bruyant au sein du Rassemblement national, entre la ligne populiste et sociale de Marine Le Pen et celle de Jordan Bardella, plus libérale, qui cherche, dixit, à faire alliance avec la droite orléaniste. Elle explique pourquoi Zemmour, Retailleau et Wauquiez refusent l’union des droites avec Le Pen, motif pris de son "socialisme".

Ce phénomène a-t-il des précédents historiques ?

Une des expressions les plus maximalistes du propriétarisme me semble passer par la personne de Murray Rothbard. Jérôme Perrier a publié deux excellentes notes à ce sujet pour la Fondapol il y a quelques mois. Il est signifiant que cette figure majeure du libertarianisme américain soit passée de l’antimilitarisme aux côtés de la gauche dans les années 1960 à la conceptualisation plus tardive du paléolibertarianisme, stratégie politique d’alliance avec les conservateurs.

La tâche n’avait rien d’aisée. Le principe libertarien dit de non-agression postule l’illégitimité de la contrainte sur la liberté d’autrui. Drogue, sexualité, choix de vie : les libertariens sont de grands libertaires. Mais face au contexte d’un Etat obèse, l’hégémonie d’une bien-pensance gauchiste, d’un antiracisme qui a pris d’assaut la législation, en clair, face à un Etat toujours plus interventionniste, Rothbard tranche : la priorité politique du combat libertarien doit aller vers la défense la plus radicale de la liberté économique. Or, les conservateurs tiennent sur ce point un discours voisin.

Le propriétarisme s’avérera utile dans cette alliance. L’exemple le plus frappant porte sur les lois anti-discriminations. Il parle de "faux-droits" qui se font "aux dépens des droits réels de chaque personne sur sa propre propriété". Ainsi Rothbard se lance-t-il dans une apologie à demi-ironique de la discrimination : un homme blanc doit être libre, s’il le souhaite, de ne contracter qu’avec des blancs, des noirs qu’avec des noirs et ainsi de suite. Mais la propriété ne suffit pas à faire la liberté : celle-ci exige encore que les minorités soient garanties contre les discriminations qui les retranchent de l’espace commun des droits. En absolutisant la propriété, Rothbard méconnaît qu’une société libre ne repose pas seulement sur la non-ingérence, mais sur les conditions juridiques minimales qui empêchent que certains, notamment les minorités, soient voués à une liberté purement nominale. La protection des minorités n’est pas une limite extérieure à la liberté : elle en est une condition interne, car une liberté abandonnée aux seules logiques propriétaires se retourne vite en privilège d’exclure. Certains parallèles sont assez frappants avec nos débats sur le wokisme.

Pour revenir au contexte français, certains pourraient vous rétorquer que l’opposition libérale à La France insoumise ne se résume pas à du propriétarisme, l’illibéralisme de LFI étant tout aussi politique qu’économique…

Brutalisation de la vie politique, direction sectaire, complotisme et antisémitisme, soviétisation économique du pays : on peine à voir dans le mouvement insoumis l’incarnation de défenseurs crédibles d’une République plus parlementaire et respectueuse des libertés publiques. Cette pratique politique conscientisée produit une conséquence délétère : faire passer les militants et intellectuels libéraux encore acquis à la non-équivalence entre extrême droite et extrême gauche pour des crétins incapables de bon sens, incapables de voir l’évidence d’une extrême droite désormais sous Xanax.

Car il y a bien une non-équivalence avec l’extrême droite. Je ne saurais être exhaustif. Mais n’oublions pas que le RN avait déposé en janvier 2024 une proposition de loi constitutionnelle visant à interdire l’intégralité des binationaux de l’ensemble des emplois publics. Rapportée à l’univers idéologique plus large, celui des relations que le RN entretient avec Renaud Camus ou la Nouvelle Droite, on soupçonne ce que cette proposition charrie d’hostilité à une conception intégralement civique de la nation. Elle va de pair avec le traitement dégradé des minorités proposé par le parti de Jordan Bardella. Le RN s’insère encore dans un réseau réactionnaire globalisé : son accession au pouvoir nous plongerait dans des relations plus institutionnalisées avec des Etats illibéraux et autoritaires. Enfin, à toutes fins utiles, il faut se rappeler qu’il n’y a aucun scénario sondagier dans lequel LFI accède au pouvoir. A contrario du RN.

Comment les libéraux devraient-ils se positionner, selon vous, à l’approche de 2027 ?

Ils doivent être au clair, d’abord, sur le fait qu’en s’alliant avec les réactionnaires, il est moins question de pacte que d’abdication. Nous devons également travailler à un libéralisme non propriétariste. Le mouvement afueriste révèle ce qu’il y a de fiscalement insoutenable dans notre pays. Mais on ne résoudra pas cette difficulté en sacrifiant ce que la démocratie libérale a précisément conquis, et j’inclus dans ces conquêtes, fût-ce contre l’opinion dominante, l’Etat-providence. Car le libéralisme ne se réduit ni à la sanctuarisation de la propriété ni à la seule immunité des individus contre l’ingérence ; il repose sur une exigence plus fondamentale, celle de la dignité de la personne, c’est-à-dire sur l’idée qu’il est dû à tout être humain quelque chose en raison même de son humanité. Le mot de Paul Ricœur dit ici l’essentiel. La propriété elle-même n’est jamais un pur fait d’appropriation solitaire ; elle ne vaut comme droit que dans un monde commun où chacun reconnaît à l’autre une sphère protégée. La propriété est donc affaire de reconnaissance, et cette reconnaissance comporte une exigence politique élémentaire : faire droit à l’autre.

C’est un des enseignements de l’histoire effective des démocraties libérales : les libertés personnelles, qui demeurent premières en ordre, ne se maintiennent pas réellement sans la garantie parallèle de droits économiques et sociaux. La propriété ne suffit donc pas, à elle seule, à épuiser le contenu de la liberté ; elle appelle, comme son corrélat nécessaire, une protection de la subsistance. Il ne s’agit pas d’ajouter au libéralisme un supplément social qui lui serait étranger, mais de rappeler qu’il ne devient effectif qu’à travers les médiations institutionnelles et matérielles qui rendent possible un ordre de respect entre des êtres d’emblée liés les uns aux autres. En ce sens, l’Etat social n’institue pas un droit de l’Etat sur les individus à proportion des droits qu’il garantit : il demeure l’instrument d’une protection, non le titre d’une emprise.

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