Pape, Christophe Gleizes, fonds détournés : Alger multiplie les griefs contre Paris
Entre l’Algérie et la France, la crise est loin d’être finie malgré la reprise de la coopération sécuritaire et migratoire confirmée à plusieurs reprises par le ministre français de l’Intérieur Laurent Nunez.
Après avoir dénoncé le maintien en détention de l’agent consulaire algérien arrêté et incarcéré depuis avril 2025, Alger a exprimé coup sur coup par le biais de ses médias officiels deux nouveaux griefs à l’égard de Paris, fustigeant les déclarations d’un procureur français et soupçonnant des desseins en lien avec l’Algérie derrière la visite annoncée du président Emmanuel Macron au Vatican.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a pointé dimanche l’absence de coopération de la France pour la restitution des fonds détournés.
« Terrorisme d’État » : Alger répond au PNAT français
Olivier Christen, procureur du parquet national français antiterroriste (PNAT), a déclaré vendredi 3 avril que ses services ont ouvert des enquêtes pour “terrorisme d’État” en lien, entre autres, avec l’Algérie.
“Une vaine agression contre l’Algérie”, a réagi dimanche une source du ministère des Affaires étrangères, citée par l’agence officielle APS.
“Le procureur national anti-terroriste de la France a, de manière désinvolte, inconsidérée et irresponsable, fait mention de l’Algérie au titre de procédures ouvertes pour terrorisme d’État”, a déploré la même source, assurant qu’ “une telle accusation injustifiée ne peut naturellement susciter qu’indignation et mépris”.
“Ce propos est condamnable pour ce qu’il est : une vaine agression contre un pays, l’Algérie, qu’un contexte français délétère érige en bouc émissaire et en dérivatif à tous les défis qui assaillent la France et qui peine à les relever”, lit-on en outre dans la dépêche de l’APS.
Dans son édition de ce lundi 6 avril, le journal El Moudjahid a évoqué la visite du président français Emmanuel Macron à la cité du Vatican, annoncée pour les 9 et 10 avril, trois jours avant le déplacement du Pape Léon XIV en Algérie prévu le 13 du même mois. Coïncidence ? “Il s’agit là d’un épisode diplomatique où les coïncidences semblent trop parfaites pour être fortuites”, écrit le quotidien gouvernemental algérien.
Affaire Christophe Gleizes : l’Algérie soupçonne Macron de vouloir impliquer le Pape
Alors que la Présidence française a lié cette visite aux “défis soulevés par l’actualité internationale”, El Moudjahid estime que “le timing choisi par l’Élysée suscite bien des interrogations”.
“Que pourrait chercher ou demander le président français du Pape ?”, se demande le média algérien, avant d’apporter cette réponse : “Selon certaines sources, le président français demanderait au Pape de plaider auprès du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, la libération du journaliste” Christophe Gleizes, condamné par la Cour de Tizi Ouzou à sept ans de prison ferme pour “apologie du terrorisme”.
El Moudjahid rappelle que le journaliste sportif est “entré sur le territoire national avec un visa touristique, dissimulant ainsi la nature réelle de sa mission”, qu’il est “inculpé pour avoir travaillé en lien avec des figures associées au mouvement terroriste MAK” et que “son projet était un documentaire autour d’une supposée ‘Équipe nationale kabyle‘ ”.
“Que ferait la France si un journaliste étranger, entré sous couvert touristique, réalisait un reportage sur une hypothétique ‘équipe nationale’ bretonne ou alsacienne, en lien avec des mouvements terroristes ?”, se demande le journal gouvernemental.
Si, écrit-il, la stratégie d’Emmanuel Macron se confirmait, cela relèverait d’ “une diplomatie de contournement, où l’on sollicite l’autorité morale du Vatican pour peser sur une décision souveraine”.
Une telle démarche pose des questions “non seulement sur le fond qui concerne la défense d’un ressortissant mais également sur la méthode”, car, estime le média, “faire intervenir une tierce autorité spirituelle dans une affaire judiciaire relevant d’un État indépendant n’est pas un geste anodin ni innocent, surtout lorsque l’on prend bien connaissance du fond du dossier”.
Fonds détournés : la France ne répond pas
Pour El Moudjahid, il s’agit du “dernier acte du cirque Macron”, un président “affaibli sur la scène intérieure” et qui “cherche peut-être à afficher une posture de protection et d’influence à l’international”.
“Mais à trop vouloir démontrer sa capacité d’action, il prend le risque d’exposer ses limites”, la diplomatie ne se mesurant pas seulement “aux intentions”, mais à “la manière dont elles sont reçues”, conclut le journal algérien.
En plus du PNAT, de la visite du Pape et de l’affaire Christophe Gleizes, l’Algérie reproche à la France son manque de coopération pour la restitution des fonds détournés par les ex-oligarques.
Dimanche, le président de la République l’a clairement dit. Il a remercié l’Espagne et la Suisse pour leur coopération, mais il a révélé que les « 61 commissions rogatoires adressées à la France dans ce cadre sont restées sans réponse ».
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