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Les îles Chagos, cet archipel de la discorde qui fait chanceler Keir Starmer

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/06 - 05:45 502 مشاهدة

La mer est d’huile autour de l’atoll de Peros Banhos, au cœur de l’océan Indien. Sur la plage, six hommes montent des abris de fortune, bâches en plastique tendues entre des troncs de cocotiers. Au large, un patrouilleur britannique observe, sans bouger. Parmi ces aventuriers, Michel Mandarin, 72 ans. Il n’était pas revenu ici depuis son adolescence, lorsqu’il avait été expulsé de force vers l’île Maurice, à 1 900 km de là : à l'époque, vers la fin des années 1960, Londres vide l’archipel des îles Chagos pour permettre l’installation d’une base militaire américaine sur l’île de Diego Garcia.

A ses côtés, sur la plage, Adam Holloway, ancien député conservateur et désormais soutien de Nigel Farage, filme la scène. Son objectif est simple : montrer à l’opinion britannique que des citoyens chagossiens tentent de revenir sur leurs terres au moment même où le gouvernement de Keir Starmer s’apprête à en transférer la souveraineté à un autre Etat, l’île Maurice.

Trump, le déclencheur d'une nouvelle crise interne

A 8 000 kilomètres de là, ce confetti d’empire provoque une crise politique que l’on n’attendait pas. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a qualifié l’accord signé entre le Royaume-Uni et Maurice de "grave erreur", signe d'une "grande stupidité". En quelques phrases, le président américain a transformé un dossier technique en test politique majeur. Pour Starmer, reculer serait un aveu de faiblesse ; persister risque de braquer Washington.

Les îles Chagos, un archipel isolé à mi-chemin entre l’Afrique et l’Asie, sont administrées par Londres depuis 1814. En 1965, le Royaume-Uni détache administrativement ces îles de Maurice, devenue indépendante, puis finit par expulser un peu plus d’un millier d’habitants des Chagos vers l'île Maurice et les Seychelles. Il s’agit de permettre aux Etats-Unis d’installer une base militaire stratégique sur Diego Garcia.

Pendant des décennies, la position britannique a tenu en une formule : "il n’y a pas de population permanente", donc pas de question d’autodétermination. Mais en 2019, la Cour internationale de justice (CIJ), saisie par l’Assemblée générale de l’ONU, estime que le détachement des Chagos a été effectué en violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et que Londres doit mettre fin "aussi rapidement que possible" à son administration. L’Assemblée générale de l'ONU confirme cette lecture par un vote massif. Pour Londres, le choc est réel. Le Royaume-Uni, qui se présente comme défenseur du droit international, se retrouve accusé de maintenir une situation coloniale.

Les gouvernements conservateurs de l'époque choisissent pourtant de temporiser. Ils contestent la portée contraignante de l’avis de la Cour internationale de justice, invoquent la nécessité de protéger Diego Garcia — pivot de la "relation spéciale" avec Washington — et mettent en avant la fragilité écologique des îles pour écarter toute réinstallation durable. Le dossier reste longtemps cantonné aux tribunaux et aux commissions parlementaires.

Une ardoise à 40 milliards d'euros

Arrivé au pouvoir en 2024 après quatorze ans de gouvernement conservateur, Keir Starmer veut solder les dossiers coloniaux les plus sensibles. Chagos en fait partie. L’objectif : transformer une défaite juridique en initiative diplomatique. Londres accepte de reconnaître la souveraineté de l'île Maurice sur l’archipel, tout en sécurisant l’essentiel : la base militaire de Diego Garcia. Sous l’égide de son conseiller à la sécurité nationale Jonathan Powell et du juriste Philippe Sands, le gouvernement Starmer négocie un accord prévoyant un bail de location de 99 ans. Le Royaume-Uni verserait 101 millions de livres sterling par an (environ 115 millions d'euros) pour continuer à exploiter la base, auxquels s’ajoutent des aides au développement pour Maurice et un fonds destiné aux Chagossiens.

Sur près d'un siècle, le temps du bail, la facture nominale avoisine 35 milliards de livres (soit 40 milliards d'euros). Le chiffre agite l’opposition. Le gouvernement relativise en invoquant une valeur actualisée bien moindre et souligne les garanties obtenues : interdiction de toute présence militaire étrangère sur les îles, zone tampon autour de Diego Garcia, maintien du contrôle opérationnel anglo-américain.

Présenté comme un geste fort envers le "Sud global", l’accord est d’abord bien accueilli, et soutenu par l’administration américaine de Joe Biden. Mais, à Londres, il devient rapidement un sujet explosif. Pour l’opposition conservatrice, le "deal Chagos" offre une cible idéale. William Hague, ancien ministre des Affaires étrangères, dénonce un traité où "le contribuable britannique paye des milliards pour louer ce qui est actuellement notre territoire". Il souligne surtout une contradiction : Londres invoque partout le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, sauf pour les Chagossiens, expulsés précisément pour permettre l’installation de la base.

A la Chambre des Lords, les critiques se multiplient. Tous ne rejettent pas le principe d’une restitution à Maurice, mais beaucoup dénoncent un accord mal négocié et politiquement aveugle. Plusieurs amendements demandent un vote consultatif des quelque 3 500 Chagossiens, les expulsés et leurs descendants. Le gouvernement s’y oppose, redoutant un précédent et une perte de contrôle du processus. A la Chambre des communes, conservateurs et populistes s’engouffrent dans la brèche. Nigel Farage, le leader de Reform UK, parle de "trahison". D’autres pointent le coût exorbitant du bail. Pour Starmer, la menace est double : attaqué à droite pour cet accord mal ficelé et dispendieux, il est aussi critiqué à gauche par ceux qui jugent l’accord insuffisant pour réparer l’injustice subie par les Chagossiens.

Le piège se referme sur Keir Starmer

C’est dans ce contexte déjà tendu que Donald Trump change la donne. Alors que les diplomates britanniques étaient assurés jusque-là du soutien américain, le président fait volte-face. Sur Truth Social, Trump alerte sur le risque de voir la Chine profiter de la situation pour s’approcher d’une base essentielle aux opérations américaines, notamment au Moyen-Orient. Il balaie au passage les arguments juridiques avancés par Londres. Son argument est simple : pourquoi dépendre d’un bail, quand on peut conserver le contrôle direct ?

L’effet est immédiat. A Londres, l’opposition s’appuie sur Trump pour accentuer la pression. Des figures conservatrices comme Boris Johnson et Liz Truss multiplient les contacts à Washington pour durcir encore la position américaine. Starmer se retrouve pris au piège : reculer reviendrait à assumer un nouveau revirement politique ; avancer sans Washington risquerait de fragiliser la sécurité même de la base qu’il cherche à préserver.

C’est dans ce moment de flottement que l’initiative d’Adam Holloway prend toute sa portée. En aidant un petit groupe de Chagossiens à se réinstaller clandestinement sur Peros Banhos, il impose une image simple dans le débat public : pendant que Londres négocie un accord à plusieurs dizaines de milliards, des hommes reconstruisent des abris sur une terre dont ils ont été chassés. La scène met le gouvernement dans une position délicate. Pour finaliser le transfert de souveraineté à Maurice, il devra probablement faire évacuer ces occupants — au risque de scènes d’expulsion politiquement désastreuses.

Le récit parfait des adversaires du gouvernement travailliste

Sous la pression croissante du Parlement et des incertitudes américaines, l’exécutif a donc annoncé une "pause" dans le processus de restitution, autrement dit le gel de son accord avec l'île Maurice. Officiellement, il s’agit de convaincre Washington des garanties de l’accord. En réalité, Downing Street cherche surtout à éviter un vote perdu ou un retrait humiliant.

L’affaire des Chagos a offert aux adversaires de Keir Starmer un récit redoutable : celui d’un pays prêt à payer une fortune pour abandonner un territoire, sans satisfaire ni ses alliés ni les populations concernées. Elle a rappelé aussi une réalité plus profonde : dans la relation transatlantique, l’asymétrie demeure. Le sort d’un accord négocié pendant des années peut être suspendu à une simple déclaration postée sur un réseau social par le maître de la Maison-Blanche.

Sur la plage de Peros Banhos, Michel Mandarin et ses compagnons continuent pourtant de tendre des bâches pour recueillir l’eau de pluie et de restaurer les traces d’un passé effacé. Leur présence ne pèse guère face aux calculs stratégiques, mais elle rend visible ce que la diplomatie a longtemps tenté d’ignorer : derrière ce territoire que l’on disait vide, il y a des visages, une mémoire — et une revendication que ni les arbitrages de Londres ni les humeurs de Washington ne suffiront à faire disparaître.

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