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Langue française : la forme des lettres, c’est aussi de la politique

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/21 - 04:15 501 مشاهدة

Au tournant du XVIIe et du XVIIIe siècles, le Conseil du roi prend une initiative pour réhausser un peu plus plus la gloire de Louis XIV. Un château ? Une conquête territoriale ? Une monnaie ? Vous n’y êtes pas. Il s’agit de créer une… nouvelle police de caractères.

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Quelques années plus tard, en 1702, paraît donc le premier texte composé en "Romain du Roi" : Son titre : "Médailles sur les principaux événements du règne de Louis le Grand". Gilles Filleau des Billettes, mathématicien et bibliothécaire ; Jacques Jaugeon, géomètre et typographe ; Sébastien Truchet, ingénieur et mathématicien et Jacques Grandjean, graveur de poinçons et typographe, ont conçu cette police de caractères comme une œuvre géométrique. La symétrie y est aussi omniprésente que dans les jardins de Le Nôtre, et pour cause ! Les quatre hommes ont inscrit chaque lettre dans des grilles composées de centaines, voire de milliers de petits carrés. C’en est trop pour certains : "Comment a-t-on pu rétrécir l’esprit et éteindre le goût (…) Faut-il donc tant de carrés pour former un O qui est rond, et tant de ronds pour former d’autres lettres qui sont carrées ?", écrira quelques décennies plus tard l’un de leurs contempteurs, le graveur et fondeur de caractères Pierre-Simon Fournier.

Ce qui est certain, c’est que chaque signe a été imaginé comme une construction intellectuelle et une norme d’Etat. Ce n’est pas un hasard si le Romain du Roi restera propriété exclusive de l’Imprimerie nationale durant tout l’Ancien régime. "L’unité typographique devient le reflet de l’unité politique (…) Elle fonde l’unité nationale", comme l’écrit dans un ouvrage étonnant Etienne Ghys, un mathématicien qui, en s’intéressant à leurs structures, à leurs usages et à leurs évolutions, livre un autre regard sur nos alphabets (1).

Ce qui est tout aussi certain, c’est que les ministres de Louis XIV ont fait école. Au XXe siècle, le IIIe Reich commence par jeter son dévolu sur la lettre gothique, élevée au rang de symbole de l’identité germanique. Avant de se raviser en 1941. Les nazis accusent alors cette police Schwabacher, qu’ils célébraient jusqu’alors, d’être l’invention d’imprimeurs juifs ce qui, dans leur esprit, n’est pas exactement un compliment. Et la remplacent par l’Antiqua, inspirée des alphabets latins. Un prétexte, analyse l’écrivain, éditeur et typographe Yves Perrousseaux. En réalité, la Schwabacher constituait un frein à l’influence internationale de l’Allemagne, car seuls les Allemands parvenaient à la lire (2). Mais il fallait trouver un bouc émissaire…

Cette bataille typographique se poursuit aujourd’hui. Donald Trump a récemment décidé de privilégier le Times New Roman au détriment de la police Calibri, qu’avait encouragée Joe Biden. Une manière pour l’actuel président des Etats-Unis de rejeter la "politique d’inclusion, de diversité, d’équité et d’accessibilité" de son prédécesseur… Comme le scandent les manifestants d’extrême gauche, à l’imitation de Victor Hugo : "Police (de caractères) partout, justice nulle part !".

Généralement, ni vous ni moi ni la plupart des lecteurs ne nous intéressons à la forme des lettres. Nous les voyons, bien sûr, mais elles nous semblent transparentes car nous cherchons surtout à accéder directement au sens. Et cependant, ces exemples le montrent : les caractères ne sont pas de simples signes. Ils visent aussi d’autres objectifs : politiques, on l’a vu ; esthétiques, parfois ; sans oublier, bien sûr, ce qui pourrait sembler leur fonction première : la lisibilité.

Or, même dans ce domaine, la subjectivité entre en jeu. Aujourd'hui, seuls les spécialistes parviennent encore à déchiffrer la textura, qu’employaient scribes et copistes au Moyen Age. De manière apparemment paradoxale, c’est pourtant celle-ci que Gutemberg choisit d’imiter lorsqu’il inventa l’imprimerie. Craignant d’effrayer ses contemporains, le grand homme chercha avant tout à donner une impression de continuité en reproduisant le style des moines, souligne Etienne Ghys. Car il en était persuadé : son œuvre la plus célèbre, la Bible, devait impérativement apparaître aussi sainte qu’une bible manuscrite afin de se vendre au mieux. Comme quoi on peut être un génie et avoir le sens du commerce…

Cette aventure typographique se poursuit au IIIe millénaire. Certains dessinent des signes "post-binaires" pour favoriser le langage égalitaire. De nombreuses entreprises et institutions cherchent à être identifiées par un unique caractère (le F de Facebook, le M de Mc Donald’s…). Tandis que l’informatique bouleverse notre rapport à l’écriture manuscrite en donnant la priorité aux claviers… C’est ainsi : quels qu’en soient la forme et le support, les lettres demeurent de petites œuvres d'art et continuent d'incarner les civilisations qui les voient naître.

1) La petite histoire des lettres, par Etienne Ghys, Editions Odile Jacob.

(2) Histoire de l’écriture typographique : de Gutenberg au XVIIe siècle, par Yves Perrousseaux, Atelier Perrousseaux.

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Du côté de la langue française

L’Académie française a mis 141 ans à décider du pluriel de "chef-d’oeuvre"

Des "chefs-d’oeuvres", avec un s final à "chef" et à "œuvre" (1694) ? Des "chef-d’œuvres", sans s final à "chef" (1718). De nouveau des "chefs-d’œuvres" (1740). Et puis, finalement, des "chefs-d’œuvre", avec s final dans "chef" mais pas dans "œuvre". Ainsi a fini par trancher, en 1835, l’Académie française après 141 ans d’hésitations, comme le raconte ici Nicolas Le Roux, qui en profite pour rappeler les règles en vigueur pour le pluriel des noms composés.

Connaissez-vous la "francophonie sportive" ?

Le sport est un instrument majeur de diffusion et de promotion des langues. Le délégué ministériel chargé de la francophonie au ministère des Sports, Daniel Zielinski, l’a bien compris, qui expose ici les grands axes de ce que pourrait être une véritable stratégie pour la francophonie sportive.

Devenez imbattable au Scrabble !

L’"anagrammeur" mis en place par les éditions Le Robert énumère tous les mots possibles à partir d’une série de lettres (jusqu’à 15). Une liste d’anagrammes qui permet à la fois d’améliorer ses résultats au Scrabble et d’enrichir son vocabulaire grâce aux définitions associées.

Du côté des autres langues de France

Mieux comprendre la culture basque

Faire comprendre la grande Histoire du Pays basque à travers la "petite" histoire de la famille Abeberry. Telle est l’ambition de cet ouvrage écrit par Alan Abeberry, l’un de ses représentants. Un livre d’autant plus intéressant qu’il n’est en rien manichéen. Car si l’auteur défend le droit des Basques à conserver leur langue et leur culture, il délivre un message humaniste qui rend son propos d’autant plus convaincant.

La famille Abeberry, une histoire basque, par Alan Abeberry. Editions Atlantica

Découvrez Jôzé, un roman graphique en gallo

Jôzé est un "poulet de hae", comme on dit en gallo, soit un enfant méprisé car né hors mariage dans les années 1930. Exploité dans les fermes, soumis à l’emprise de la religion, contraint de s’exiler à Paris, il connaît une jeunesse difficile que retrace ce récit disponible en deux versions, française et gallèse.

Jôzé et José, par Annabelle Joyeux, Christophe Lelu et Julien Ribreux. Traduction en gallo par Yves Bourdaud. Diffusion bertons.bzh

Retrouvez sur Klewele des contenus audiovisuels en breton

Offrir aux brittophones confirmés comme aux apprenants un accès à des contenus audiovisuels sans avoir à les chercher sur de multiples plateformes, tel est l’objectif du portail Kleweled ("audiovisuel"), mis au point par l’Office public de la langue bretonne. On y retrouve notamment des programmes destinés aux enfants et aux jeunes.

Retrouvons-nous à Tarbes et à Laruns pour parler des langues de France

"Le français est-il vraiment supérieur aux langues régionales ?". C’est à cette question que je répondrai le samedi 25 avril à 16 h 30 à la Maison des associations de Tarbes (4 bis, quai de l’Adour). Une conférence qui s’inscrit dans le cadre du printemps de la lenga, organisé au mois d’avril par l’association Bigòrr’en Trad et le collectif d’artistes occitans Le Dahu. Au programme également : contes, cantères, bal et concert de Marilis Orionaa.

A noter par ailleurs qu’Une langue en plus, le documentaire de 52 minutes consacré aux langues dites régionales que j’ai conçu pour France 3, sera diffusé gratuitement le 29 avril à 18 heures au cinéma de Laruns (Pyrénées-Atlantiques). Je serai sur place afin de poursuivre les échanges.

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Ils sont bercés par l’esperanto depuis l'enfance

Flora et Vito sont frères et sœurs et ils ont grandi dans la "langue-pont" créée par Zamenhof à la fin du XIXe siècle. Alice Magdelaine, qui consacre un podcast mensuel aux langues, les a rencontrés.

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Comment la forme des lettres favorise les biais cognitifs

Incroyable, mais vrai ! Selon la police de caractères utilisée, les réponses à une même question changent. Quand les lettres sont difficiles à lire, notre cerveau est obligé de se concentrer et commet in fine moins d’erreurs, comme l’explique cette vidéo lumineuse consacrée aux biais cognitifs.

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