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"Il était méconnaissable" : la "longue" mort d’Hitler racontée par l’historienne Caroline Sharples

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/05 - 15:00 501 مشاهدة

"Linge, je vais me tirer dessus maintenant. Tu sais ce que tu as à faire." Ce seraient parmi les derniers mots prononcés par Adolf Hitler dans son bunker de Berlin, le 30 avril 1945. Son valet Heinz Linge, l'un des rares témoins de la scène, raconte : une poignée de main avec le Führer, un salut, une porte qui se ferme, puis un coup de feu. Pourtant, ce moment d'histoire maintes fois représenté au cinéma, personne ne l'a photographié ni filmé. Un manque de preuves matérielles, auquel il faut ajouter l'absence de corps, et qui ont nourri, quatre-vingts ans durant, les théories du complot les plus tenaces, à l'image de celle, farfelue, selon laquelle Hitler et Eva Braun se seraient enfuis en Amérique du Sud.

Dans un nouvel ouvrage passionnant, The Long Death of Adolf Hitler (Yale University Press, non traduit), l'historienne britannique Caroline Sharples retrace la "longue mort" du dictateur, depuis les adversaires du nazisme qui dans les années 1930 rêvaient déjà de l'élimination du Führer, jusqu'à l'ultime preuve biologique, en 2018, établissant pour de bon la date de son décès en 1945. Mais aujourd'hui encore, explique auprès de L'Express cette professeure à l'Université de Roehampton, "le mystère subsiste quant aux causes exactes de sa mort". Entretien.

L’Express : Dans votre livre, vous expliquez que bien avant son décès effectif en 1945, le sujet de la mort d’Hitler était sur toutes les lèvres ?

Caroline Sharples : Oui, car la mort d'Hitler est un phénomène culturel qui précède la Seconde Guerre mondiale elle-même. Dès les années 1930, le sujet apparaît dans la culture populaire, sous forme de sketchs humoristiques. L'enterrement d'Hitler devient un objet sur lequel on ironise volontiers. Pendant le conflit, la question prend une tout autre dimension, psychologique et politique : pour les civils des pays alliés, imaginer la mort du dictateur allemand représente un formidable réconfort moral. A mesure que la perspective d'une victoire militaire allemande s'amenuisait, Hitler s'est progressivement retiré de la vie publique. Dès la fin 1943, il déléguait certaines grandes cérémonies annuelles, y envoyant Goebbels ou Himmler à sa place. De plus en plus de gens s'interrogeaient sur les raisons de cette disparition, ce qui alimentait les rumeurs.

C’est dans les années qui précèdent son suicide que l’on doit rechercher, selon vous, les racines du succès des théories du complot sur la mort d’Hitler après 1945 ?

Absolument. Pendant la guerre, les disparitions répétées du Führer créaient des moments de tension où tout le monde attendait des informations. Des rumeurs sur sa mort circulaient, comme en janvier 1941, où un faux bulletin affiché sur un paquebot portugais, le Serpa Pinto, annonce le bombardement de Berlin et la mort d'Hitler, provoquant des scènes d'euphorie à bord. C'est le souvenir de ces faux espoirs qui explique le scepticisme généralisé du public face à l'annonce de la mort d'Hitler au printemps 1945. Un des épisodes les plus marquants est certainement celui du 20 juillet 1944, lors de l'attentat de Stauffenberg. En l'espace de quelques heures, différents communiqués se contredisent frontalement : les conspirateurs envoient un message télégraphique déclarant "le Führer Adolf Hitler est mort", démenti deux heures plus tard par le Service intérieur allemand. Il a fallu attendre une heure du matin pour qu'Hitler prenne la parole afin de prouver qu'il était vivant. Quand, en mai 1945, on annonce sa mort, il n'y a donc rien d'étonnant à ce que beaucoup de gens aient ces précédents en tête et exigent une preuve. Sauf que dans le cas d'Hitler, qui s'est suicidé à huis clos, dans son bunker, il n'y a pas de corps. Tandis que celui de Mussolini a été exhibé, pendu la tête en bas, frappé par la foule, et photographié sous tous les angles. Tous ces éléments ont nourri le doute, et c'est dans ce contexte instable que sont nés les mythes, rumeurs et spéculations.

Par-delà toutes ces spéculations, à quoi ont vraiment ressemblé les derniers jours d’Hitler ?

Hitler paraissait de plus en plus désœuvré, il errait dans les couloirs...

Le récit de ses dix derniers jours est celui que retiennent le plus souvent les films d'après-guerre, car il offre un cadre dramatique particulièrement efficace. A ce moment-là, il se trouvait dans son bunker souterrain à Berlin. Les témoignages de ses anciens collaborateurs décrivent un lieu exigu, étouffant, bruyant en raison du système de ventilation, sujet aux infiltrations d'eau… bref, un environnement particulièrement inconfortable. Les générateurs diesel, par exemple, fonctionnaient jour et nuit pour maintenir l'électricité et la ventilation, mais ils dégageaient une odeur épouvantable et des fuites d'huile permanentes. A partir du 26 avril, les lignes téléphoniques ont été coupées, les antennes radio détruites par les bombardements. Ironie du sort, les informations militaires les plus fiables provenaient désormais des émissions ennemies. Un sentiment croissant de désorientation s'installait, lié à l'effondrement des systèmes de communication qui les isolait un peu plus du reste du monde. Certains ont par la suite expliqué qu'ils avaient fini par perdre toute notion du temps.

Dans ses derniers jours, Hitler paraissait de plus en plus désœuvré, il errait dans les couloirs, cherchant à engager des conversations. Tandis que les défenses allemandes s'effondraient, les ordres de contre-offensive d'Hitler restaient sans effet. Sa jeune secrétaire Traudl Junge, vingt-cinq ans à l'époque, a raconté qu'il ne recevait plus aucun rapport, qu'il ne pouvait plus prendre de décisions, et qu'il n'arrivait plus à dormir, qu'il ne faisait plus attention à ce qu'il mangeait, alors qu'il avait toujours été très attentif à son alimentation. Son entourage notait même qu'il avait vieilli de façon spectaculaire, son visage marqué et son teint grisâtre le rendant presque méconnaissable. Persuadé d'être trahi de toutes parts, il entrait parfois dans des colères violentes. Himmler et Göring ont d'ailleurs été écartés pour trahison après avoir tenté de négocier avec les Alliés.

Les discussions, notamment lors de repas avec ses secrétaires, devenaient de plus en plus morbides. On parlait des différentes manières de se donner la mort, et on comparait l'efficacité du cyanure et d'une arme à feu. Hitler, qui voulait absolument éviter de subir le même sort que Mussolini, dont le corps avait été exposé à la foule, a donné des instructions orales et écrites très précises pour que son corps soit brûlé. Puis vinrent les dernières heures, où tout fut méticuleusement préparé : il a dicté son testament, épousé Eva Braun, et entreposé des bidons d'essence dans le bunker en vue de la crémation. Sa décision était prise, et il ne reviendrait pas en arrière. Son valet, Heinze Linge, l'une des dernières personnes à qui il ait parlé, a raconté qu'il lui a dit très calmement : "Linge, je vais me tirer dessus maintenant. Tu sais ce que tu as à faire". Ils se sont serré la main, ont échangé un salut. Linge a fermé la porte du bureau, et quelques instants plus tard, il a entendu le coup de feu.

Comment a été reçue l’annonce de son décès, en Allemagne ? Pendant longtemps, le récit historiographique dominant voulait que sa mort n’ait suscité aucun deuil dans le pays…

C'est une idée qui mérite d'être remise en question. Le Troisième Reich était un régime profondément émotionnel, structuré pendant douze ans autour du culte du Führer, présenté comme un chef tout-puissant. Il faisait l'objet d'une forte adhésion affective, comme en témoignent les images bien connues de foules en liesse. Il serait donc simpliste d'affirmer que du jour au lendemain, Hitler aurait disparu sans que personne ne s'en soucie. Evidemment, il est toujours très difficile d'écrire une histoire des émotions, encore plus dans un contexte de défaite militaire totale et d'effondrement imminent du régime. Une partie du territoire allemand était déjà occupée par les Alliés, donc la population allemande avait conscience qu'il était sans doute plus prudent de dissimuler ses sentiments réels.

Pour certains, la mort d'Hitler était pire que celle de leur père ou de leur mère...

Il fallait donc distinguer entre les attitudes affichées et les émotions intimes. Pour cela, j'ai épluché des lettres, des journaux intimes, ou encore des témoignages de journalistes alliés qui étaient sur place et interrogeaient les populations ou observaient des conversations dans la rue. Ce qui en ressort, c'est que les réactions étaient contrastées. Une ancienne des Jeunesses hitlériennes, Ursula Martens, a écrit que la mort d'Hitler était "pire que la mort de son père ou de sa mère". Une infirmière, Ursula Mahlendorf, raconte s'être promenée dans la campagne dans un état second, comme anesthésiée. A l'inverse, un soldat SS, Erwin Bartmann, décrit un moment de libération : il a "aspiré l'air comme si c'était le premier souffle de sa vie", tandis que dans la même pièce, une femme nommée Ute a préféré éteindre la radio et s'est mise à sangloter.

Si ce qu'il restait du régime a bien essayé de susciter un deuil collectif, il n'avait plus les moyens d'imposer ce récit par la propagande. De nombreux journaux ne paraissaient plus, et avec la multiplication des coupures d'électricité, l'information n'arrivait pas toujours aux populations. A Hambourg, alors que Karl Dönitz prononçait un discours sur le "sacrifice" du Führer, une "voix fantôme" a interrompu les ondes pour déclarer "c'est un mensonge !", avant de dénoncer "le plus grand de tous les fascistes". Cet épisode montre bien que dès la première seconde, la version officielle était contestée.

Dans les pays alliés, où on aurait pu s’attendre à ce que la nouvelle déclenche des effusions de joie, le sentiment dominant était la déception ?

Oui, parce que pendant des années, la propagande au sein des pays alliés – les caricatures politiques représentant Hitler blessé ou mortellement atteint, par exemple – avait contribué à façonner une attente immense à l'égard de cet événement. C'était en quelque sorte l'objectif ultime à atteindre, le signe d'une victoire totale et d'une punition exemplaire. Toute une production culturelle s'était construite autour de l'idée de sa mort, de sa tombe, de ses funérailles. A l'annonce de son décès, en 1945, il y a donc un goût d'inachevé. Personne n'a assisté à la scène, il n'y a eu ni capture, ni jugement, ni exécution. Pas d'image, aucun corps montré. Cela ne correspondait pas aux attentes immenses qui s'étaient construites les années précédentes. Un sondage américain de juin 1945 montrait que 68 % de la population ne croyait pas qu'Hitler était mort. Selon le New York Times, huit personnes interrogées sur dix considéraient l'annonce comme une nouvelle ruse nazie.

Cette déception a d'ailleurs alimenté la fabrication et la diffusion de mythes et de spéculations autour de la mort d'Hitler, car faute d'une fin jugée satisfaisante, certains ont préféré adhérer à des récits plus conformes à leurs attentes. Lors du jour de la victoire, des effigies d'Hitler étaient pendues ou brûlées à New York, Sydney ou encore Toronto. Ce besoin de mettre en scène la mort d'Hitler de manière visible, publique, participative, témoigne de la profondeur de la frustration.

C’est à ce moment que commencent à circuler les premières rumeurs sur le fait qu’Hitler serait toujours vivant ?

Oui, les premières rumeurs sont apparues tout de suite, d'abord à petite échelle. On pouvait entendre, par exemple, qu'il se serait enfui de Berlin, ou encore que les annonces radiophoniques ne seraient qu'un écran de fumée pour lui permettre de se replier en Bavière, d'où il organiserait une ultime offensive contre les forces alliées. De nombreuses personnes affirmaient avoir vu le Führer. Un homme lui ressemblant aurait été aperçu dans une forêt, tandis que d'autres assuraient l'avoir reconnu près de Heidelberg, ou à Hanovre.

Pour beaucoup de gens, la version officielle de sa mort à Berlin n'était qu'un nouvel acte de propagande.

Ces rumeurs ont contribué à donner du crédit à l'idée selon laquelle Hitler et Eva Braun auraient embarqué sur un yacht luxueux à Hambourg. Les théories ont ensuite évolué : pour certains, le couple aurait passé l'année 1945 le long des côtes, avant de rejoindre l'Espagne – en raison de ses sympathies fascistes. De la péninsule ibérique, ils se seraient enfuis vers d'autres destinations. D'autres versions évoquent plutôt l'Italie, ou même leur présence au large des côtes françaises. C'est à ce moment qu'est né le scénario que tout le monde connaît : celui d'un sous-marin allemand ayant atteint les côtes argentines, où Hitler aurait été accueilli et protégé par des sympathisants nazis dans une propriété privée.

Le succès de ces rumeurs s'enracine dans la profonde défiance à l'égard de la propagande nazie, disqualifiée par des années de mensonges et de manipulations. Pour beaucoup de gens, la version officielle de sa mort à Berlin n'était qu'un nouvel acte de propagande. D'autant que tout le monde gardait le souvenir des nombreuses annonces de sa mort pendant la guerre, qui se révélaient toujours fausses. Par ailleurs, les gens qui propageaient ces rumeurs n'étaient pas forcément mal intentionnés. Les lettres adressées aux autorités signalant une personne ressemblant fortement à Hitler s'expliquaient aisément : personne ne voulait qu'il échappe à la justice, et tout ce qui pouvait permettre de le retrouver et de le juger était bon à prendre.

Aujourd’hui encore, expliquez-vous, la majorité de ce que l’on sait sur la mort d’Adolf Hitler provient d’informations et d’enquêtes menées dans les six mois suivant son suicide ?

Tout à fait. Avec l'ouverture des archives soviétiques, à la fin de la guerre froide, on sait aujourd'hui que l'unité de renseignement soviétique SMERSH, présente à Berlin en 1945, a découvert très rapidement les corps calcinés d'un homme et d'une femme dans les jardins de la chancellerie du Reich. La découverte est d'ailleurs elle-même assez rocambolesque, car c'est un simple soldat soviétique, Ivan Churakov, qui a le premier aperçu des jambes humaines dépassant d'un cratère de bombe. Klimenko, le chef de la section SMERSH sur place, pensait à ce moment-là que le corps d'Hitler en était un autre, trouvé à l'intérieur de la chancellerie, mais qui était en fait celui d'un cuisinier qui ressemblait au Führer. Les corps du cratère ont donc été réenterrés, et ce n'est que le lendemain que Klimenko a ordonné de les déterrer à nouveau.

Les restes ont ensuite été envoyés dans un hôpital de campagne, près de Berlin, où une autopsie a été réalisée afin d'estimer l'âge et de réaliser des prélèvements dentaires. Dès mai 1945, grâce à une reconstitution de son dossier dentaire, les Soviétiques estimaient avoir identifié le corps du dictateur. A Berlin, des échanges informels entre les Soviétiques et les Occidentaux auraient laissé entendre que quelque chose avait été trouvé. Mais Staline s'est interposé et, manifestant une profonde méfiance, a ordonné de nier publiquement toute découverte. C'était aussi un calcul géopolitique : Staline pensait que tant que le monde craignait une résurgence nazie, il pourrait utiliser cette peur pour négocier plus durement aux conférences de paix, exiger des réparations plus élevées ou justifier le maintien d'une sphère d'influence soviétique en Europe de l'Est.

Pendant près d'une décennie, les Soviétiques ont donc caché cette découverte. De leur côté, les enquêtes occidentales, qui reposaient essentiellement sur des témoignages oculaires limités, ont conclu qu'Hitler s'était suicidé par balle, mais sans disposer de preuve matérielle. Ce n'est qu'à partir de 1955-1956 qu'ont émergé les premiers récits détaillés émanant de personnes ayant vu le corps, participé à l'évacuation des restes et assisté à la crémation.

Le dernier épisode date de 2018. C’est la première véritable preuve "biologique" de sa mort ?

En mai 2018, le médecin légiste Philippe Charlier a fait une annonce tonitruante devant les médias, en affirmant qu'un fragment de mâchoire, conservé à Moscou depuis la fin de la guerre, pouvait désormais être authentifié comme ayant appartenu à Adolf Hitler. Ce n'est donc qu'en 2018 que nous avons eu la preuve formelle, scientifique, qu'Adolf Hitler était bien mort en 1945. Mais cette même étude évoque également une teinte bleutée sur certains fragments, ce qui pourrait suggérer la présence de cyanure, et donc contredire la thèse "dominante" du suicide par balle. L'analyse chimique du tartre n'a trouvé ni antimoine, ni plomb, ni baryum, ce qui permettrait d'exclure l'hypothèse d'un tir dans la bouche. Si Hitler s'est tiré une balle, ce serait plutôt dans la tempe, ce qui corrobore les témoignages de son valet Linge et de son adjudant Günsche. Mais l'absence de fer dans le tartre affaiblit également la thèse du cyanure. Bref, aujourd'hui encore, le mystère subsiste quant aux causes exactes de sa mort.

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