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آخر تحديث: منذ 4 ثواني

«Elle est depuis toujours victime d’un a priori négatif» : pourquoi la parole des femmes a-t-elle autant de mal à être entendue ?

سياسة
Le Figaro
2026/06/16 - 05:00 503 مشاهدة
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«Elle est depuis toujours victime d’un a priori négatif» : pourquoi la parole des femmes a-t-elle autant de mal à être entendue ? Par Morgane Miel Le 16 juin 2026 à 07h00 Ajouter Madame Figaro à vos sources préférées Sujets Patrick Bruel femmes violences faites aux femmes Sauvegarder Nouvelle fonctionnalité ! Avec votre compte, vous pouvez désormais sauvegarder des articles pour les lire plus tard sur tous vos appareils. Sauvegarder Fermer Sauvegarder un article Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils. Créer un compte Se connecter Copier le lien Lien copié Mail Facebook X WhatsApp Messenger Pinterest Linkedin Des femmes manifestent devant le ministère de la Justice à Paris, le 8 juin 2026. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP INTERVIEW - Dans l’affaire Bruel comme dans l’affaire Lyhanna, qui défraient la chronique, la parole des victimes a mis des mois, voire des années, à être entendue. Pourquoi ?Décryptage avec Gisèle Szczyglak, docteure en philosophie politique et auteure de Subversives (Ed. Payot). Passer la publicité Passer la publicité Publicité Madame Figaro.– Il aura fallu plus de dix plaintes pour que Patrick Bruel soit placé en garde à vue, une mort pour que l’on traite celle de la mère de Rosa... Pourquoi la parole des femmes peine-t-elle tant à être entendue ? Gisèle Szczyglak. – Parce qu’elle n’a jamais été valorisée dans l’Histoire. Pire : elle est depuis toujours victime d’un a priori négatif. Quand une femme parle, on la soupçonne d’être une menteuse, une hystérique… Le système punit celle qui parle car elle remet en question un système de domination. Elle est d’emblée coupable et c’est finalement à elle de faire preuve de son innocence. Regardez l’affaire PPDA : 40 témoignages, 13 plaintes, 0 garde à vue. Et Andréa Bescond ? 0 plainte, 1 manifestation pacifiste, 1 garde à vue. On voit bien qu’il existe une asymétrie irrationnelle et systémique entre la façon dont on traite la parole des hommes et celle des femmes. Je repense aux trois principes fondateurs de la cité d’Athènes, à l’origine de la première démocratie ? L’Isonomia (l’égalité devant la Loi), l’Isokrateïa (l’égalité des pouvoir) et l’ Isegoria (l’égalité de parole). Eh bien nous, il nous manque la troisième car l’égalité d’écoute n’existe pas. À lire aussi «Supprimer les soirées pyjamas, ce n’est pas la bonne réponse» : après l’affaire Lyhanna, comment ne pas basculer dans la peur panique ? Comment cela ? Les hommes restent dans notre société les propriétaires du logos (la pensée, le discours). Très tôt dans l’histoire, ils se sont approprié les institutions, le savoir, le culturel, le symbolique, l’imaginaire et l’espace de l’universel, ce que j’appelle la construction de la civilisation. Ils ont fait régner une forme de suspicion face aux femmes, en discréditant leur parole, ce qui reste le moyen le plus économique de garder le pouvoir. Cette méfiance millénaire est renforcée par le discours des grandes figures de la pensée. Ainsi Kant, l’auteur de la Critique de la Raison Pure, le père de la Morale, «croit difficilement que le beau sexe soit capable de principes» - donc de jugement, donc d’éthique. Nietzsche l’assure : «Rien n’est plus étranger, plus répugnant et plus hostile à la femme que la vérité ; son grand art est le mensonge.» Napoléon inscrit dans le Code civil de 1804 que les personnes privées de droit sont, je cite : «les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux». Schopenhauer, lui, avance carrément dans son traité de 1851 que «la femme est une sorte d’intermédiaire débile entre l’enfant et l’homme.» Dans ce contexte, on comprend que quand Descartes a pu douter en toute liberté du monde entier, on n’ait laissé aux femmes que celle de douter d’elles-mêmes… Passer la publicité Publicité Vous citez Athènes, premier modèle de démocratie au monde, où la citoyenneté ne concernait en réalité que 10% de la population – et seulement des hommes. Les femmes en étaient exclues, au même titre que les enfants ou les esclaves… Absolument, et c’est de là que date la rupture entre la sphère publique et la sphère privée : la femme est alors reléguée à la domus, au monde intime, domestique et familial. À cela s’ajoute avec la religion, une disqualification métaphysique de la femme, puisque c’est Eve, menteuse et manipulatrice, qui a privé les hommes du paradis perdu… La psychanalyse, censée libérer la parole, se méfie, elle aussi, des femmes – Freud désigne le féminin par l’expression «le continent noir», et l’hystérie, qui renvoie étymologiquement au mot utérus, lui serait réservée. Bien sûr, certaines figures féminines ont été entendues, notamment au siècle des Lumières. Mais à quel moment le discours féminin a-t-il pris une dimension universelle ? C’est toute une culture qu’il faudrait revoir. Mais cela va prendre du temps et les hommes ont un réel travail de reconnaissance à mener… Actuellement, explose une colère trop longtemps contenue, doublée d’une grande fatigue démocratique… Oui, nous sommes à un moment de basculement. Disons que la honte commence à changer de camp. Et la parole des femmes gagne un peu plus de poids. Non parce qu’elle se libère enfin, mais parce que les femmes se réapproprient leur corps. Quand une femme dit : non, mon corps n’est pas à disposition. Quand elle retrouve la propriété d’elle-même, elle devient du même coup un sujet de droit. Ce n’est pas un hasard si la parole des femmes s’affirme dans un contexte de violences sexuelles : la sexualité EST le pouvoir. Affirmer son désir, ou en l’occurrence son non-désir, c’est exprimer sa liberté.
المصدر: Le Figaro | Source: Le Figaro

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