Comment parler de la tristesse sans être lugubre ? Le drolatique et érudit « Ma propriété privée », de Mary Ruefle, apporte une réponse éclatante
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Couleurs de la tristesse (Benalla, Australie, 2010). DEAN SEWELL/OCULI/AGENCE VU « Ma propriété privée » (My Private Property), de Mary Ruefle, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy, Le Castor astral, 112 p., 16 €. Entre étude de terrain personnelle et berceuse caustique, Mary Ruefle tisse dans Ma propriété privée une cosmogonie minuscule et hospitalière. Une collection de poèmes en prose intimes, philosophiques, qui voudrait souhaiter la bienvenue à toutes choses en avançant à pas de velours à l’intérieur de leur texture. Qui trace des équivalences dans l’ordre des essences, des synonymies au pays des substances. Un monsieur élève une clé comme on élèverait un enfant. La différence entre berceau et cercueil – la naissance et la mort – paraît infime. La ronde hypnotique des pensées fait entendre son silence ondoyant. Dans cette confession en forme de milk-shake verbal, la poète et essayiste américaine (née en 1952) secoue réminiscences et visions, nous fait siroter la liquidité du monde et celle qu’elle porte en elle, à l’instar de ce « vieux larmorama » tenu au mois d’avril 1998, dans l’écrin duquel elle recueillait ses larmes. La ménopause, dit-elle, lui donnait envie de mourir, faisait d’elle une adolescente coincée dans un corps de femme mûre, ou l’inverse. Un fantôme dans les veines duquel coulait « un genre de sang déchaîné de la forêt ». Il vous reste 75.92% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



