Elles font partie des quelque 70 000 personnes qui avaient franchi la frontière à Ceuta les 30 et 31 juillet. Si la majorité de ces migrants ont été renvoyés au Maroc, plusieurs centaines de mineurs non accompagnés survivent désormais seuls dans l'enclave. Devant cette situation, le gouvernement espagnol a finalement annoncé - après s'y être initialement opposé le 13 août - qu'il autoriserait 500 jeunes filles mineures de Ceuta à être transférées sur le continent. Car en vertu de la loi espagnole, l’Etat a un devoir de protection envers les jeunes migrants non accompagnés jusqu’à leur majorité.
Bruxelles approuve le renvoi de tous les migrants au Maroc
Une annonce qui a suscité de vives réactions à Bruxelles. Le porte-parole de la Commission pour les Affaires intérieures, Markus Lammert, a indiqué en conférence de presse que "tous les migrants en situation irrégulière" se trouvant encore à Ceuta devaient être renvoyés au Maroc, et précisé plus tard auprès du Guardian, "y compris les mineurs non accompagnés". Il a souligné que ces retours sont couverts par la législation de l'UE et ajouté qu'ils sont encadrés par "la directive retour" et, prochainement, par "le règlement retour de l'UE".
Ces messages contradictoires s'expliquent en partie par le fait que le dernier pacte européen sur l'immigration n'a pas encore été intégré au droit espagnol et que, par conséquent, c'est encore la législation espagnole relative au traitement des mineurs non accompagnés qui est en vigueur.
Pedro Sanchez sous pression de la droite espagnole
Mais il n'y a pas qu'avec l'Union Européenne que le Premier ministre espagnol a engagé un bras de fer. Pedro Sanchez s'est également attiré les foudres de l'opposition de droite. Le Parti populaire (PP) a rejeté le plan du gouvernement, affirmant que le meilleur endroit pour les enfants est auprès de leurs familles. "Si le Maroc a demandé le retour des enfants et si l'Europe estime que tous les migrants en situation irrégulière, enfants ou non, doivent être renvoyés, que faut-il de plus au gouvernement ?", a déclaré Juan Bravo, porte-parole adjoint du Parti populaire pour les finances, lors d'une interview télévisée.
Pedro Sanchez affronte aussi les réticences de plusieurs gouverneurs de régions, en particulier celles gouvernées conjointement par le PP et le parti d'extrême droite Vox, à recevoir une partie de ces mineures. Une opposition que le gouvernement central a critiqué comme un "manque de solidarité". Afin de minimiser les conflits, le ministère de la Jeunesse, en coordination avec le gouvernement de Ceuta, élabore un plan d'urgence selon lequel les ONG et les agences de protection de l'enfance prendront en charge les enfants les plus vulnérables, sans transférer leur tutelle aux gouvernements régionaux espagnols.
Un plan d'urgence en cours d'élaboration à Madrid
Elma Saiz, ministre espagnole de l'Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, interrogée mercredi dans "Las Mañanas" sur la radio "RNE", a confirmé que la question est traitée par Ceuta avec le département de l'Enfance et les communautés autonomes. Elle a toutefois préféré ne pas donner davantage de détails, tout en insistant sur la nécessité de "protéger l'intérêt supérieur du mineur". "Ce sont des filles qui sont seules", a insisté la responsable socialiste, assurant vouloir tout faire pour éviter des cas de violences sexuelles, comme les nombreuses agressions dénoncées ces derniers jours et désormais entre les mains de la justice.
La ministre a aussi rappelé la nécessité de respecter la loi et assuré que l'exécutif avait accordé à Ceuta 25 millions d'euros pour faire face à cette situation. Rubén Pérez Correa, secrétaire d'Etat chargé de l'enfance, est à Ceuta depuis dimanche pour tenter de résoudre cette situation. La police nationale espagnole a identifié et remis au gouvernement de Ceuta, jusqu'à mardi 18 août, 2 168 mineurs.
